DÉLICIEUSE GRAVITÉ |
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Ces deux oeuvres ont été présentées dans l'exposition Jouvences |
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Délicieuse Gravité est une conférence donnée en juin 2010 par Isabelle Bonzom à l'occasion de l'exposition Jouvences |
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"On y a rassemblé des artistes très différents de style et de générations, dont le point commun est le refus de la morosité ambiante", confie Pierre Sterckx."Tous, en effet, témoignent d'un art contemporain vitaliste, c'est-à-dire, suscitant des perceptions intensément vécues... Face à la pulsion de mort ambiante, Jouvences n’oppose cependant pas une superficielle euphorie hédoniste. Il y a de la gravité dans cette joie exposée." Cette exposition réunissait pour la première fois certains des plus grands noms de l'art contemporain actuel, tels que Wim Delvoye, Tony Cragg, Julie Mehretu, Christopher Wool, Charles Sandison et Eric Fischl. Isabelle Bonzom figurait parmi les 23 artistes rassemblés. |
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Le
4 juin, Isabelle Bonzom est intervenue dans l'exposition, invitée à donner une conférence qu'elle a intitulée: Délicieuse Gravité, la jubilation en art
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Le titre de la conférence, Délicieuse Gravité, est tiré d'un texte d'Annette Smith, collectionneuse et professeur émérite au California Institute of Technology (Caltech):
Ah! Nous y voilà ! À cet exquis et délicieux moment qui fait peur, où la gravitation l'emporte sur la gravité. N’est-ce pas Montaigne qui disait que là où tout tombe, rien ne tombe?" |
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| Isabelle Bonzom évoque la conférence qu'elle a donnée en juin 2010 dans l'exposition Jouvences: "C'est à l'occasion de la conférence Délicieuse Gravité que j'ai parlé pour la première fois à un large public d'une manière aussi intime et, au même moment, dans le but de témoigner en tant qu'artiste d'une problématique commune véhiculée par l'exposition : la jubilation en art. L'exposition traitait de la notion de vitalisme dans le processus créatif. Mon but était de témoigner de la façon dont je peins ce que je peins dans une société qui met plutôt l'accent sur les "passions tristes", sur une vision négative du corps et de la peinture trop souvent considérée comme morte. Comment jubiler, comment continuer à créer dans ce contexte? En regardant mes peintures de paysages luxuriants, certains parlent d'une vision aimante et jouissive. D'autres spectateurs sentent que derrière ces images vigoureuses de Cascades, par exemple, se cache un sentiment de catastrophe. Je pense que ces deux pôles existent. Cette complexité m'intéresse. Je suis souvent traversée d'angoisses et de doutes, par la peur de la chute, physique et symbolique. Mais que se passe-t-il lorsque je peins? |
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Peut-être ai-je été influencée par la lecture d'Épicure et de Lucrèce, par la pluie d'atomes et le fluide fertile dont ils parlent. Nous sommes des éléments de la nature, du cosmos, nous sommes faits d'atomes. Nous sommes traversés par eux et nous en faisons partie. Lucrèce conseille de laisser faire et de vivre. Nous devons être attentifs car nous sommes happés par la vie quotidienne, par les soucis et nous sommes sclérosés par des attitudes trop souvent guidées par le mental et le cérébral. Par conséquent, mon but est de continuer à être attentive, ouverte aux sensations et à développer mon intuition. Je suis soucieuse et consciente du danger et du drame, mais je pense qu'il est important de garder et de développer notre capacité d'étonnement et d'émerveillement. La capacité d'être sensible à chaque instant, à un sourire, à une saveur... Parce que je suis consciente de la précarité de la vie et de son côté précieux."
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| Isabelle Bonzom continue: "Je ressens la peinture comme un corps vivant. Le peintre doit la laisser respirer, prendre soin d'elle et ne pas la figer. Mon but principal est de garder le rythme. Je développe ma sensibilité à la lumière et à la fluidité. Je laisse la peinture faire et agir. Je joue avec les accidents, le hasard. Chaque oeuvre ou série nourrit l'autre. Je me réjouis lorsqu'une peinture ouvre une nouvelle voie que je n'avais pas imaginée. Pour moi, la peinture est un champ d'expérimentations et de découvertes. La peinture est reliée à la vie, à mon environnement, mais pas d'une manière égocentrique car ma personne n'est pas importante. C'est ce que nous partageons qui m'intéresse. Pour régénérer son propre art, la capacité d'adaptation est essentielle. Être à l'écoute de l'environnement, être sensible à l'espace entre les choses et les êtres est crucial. Je ressens mon travail comme une spirale. Il évolue comme une spirale et comme une plante, avec différentes et nouvelles ramifications qui se développent dans une spirale irrégulière. Parfois la courbe de cette spirale tordue revient vers l'ancien point central, le touche et rebondit vers l'extérieur. C'est à ce moment que j'ai la sensation de revisiter une problématique et de découvrir de nouvelles choses. |
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| "L'art des autres également me nourrit, spécialement certains "vieux amis artistes" qui sont, pour moi, modernes et vivants, comme Véronèse, Seurat, Titien, Chardin, Rubens, Matisse ou les artites pompéiens. Le cinéma, la musique, la danse, la philosophie et la littérature* me nourrissent aussi. Durant cette conférence, j'ai montré des images très importantes pour moi, comme celle ci-contre tirée du film Kaos des Frères Taviani. Film basé sur des contes de Pirandello. Les enfants dévalent une colline de sable de pierre ponce en plongeant dans la mer Méditerranée. Dans ce film, les histoires et les personnages sont inscrits et se fondent dans le paysage qui joue un rôle important. Les êtres humains sont en symbiose avec leur environnement.
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L'artiste Isabelle Bonzom, qui est aussi une spécialiste du travail de l'artiste américain Eric Fischl, explore la question de la chute dans la sculpture Tumbling Woman, II d'Eric Fischl: "Durant la conférence Déliceuse Gravité, j'ai commenté Tumbling Woman, II présentée également à l'exposition Jouvences. Cette sculpture combine dynamisme et drame. Elle réunit différents aspects parfois antinomiques. Vue d'en haut, du dessus, la silhouette est érotisée, cela nous rappelle que "to tumble", culbuter, ne signifie pas uniquement tomber. De loin, nous voyons au sol un corps de femme athlétique. On ne sait pas exactement si elle tombe ou si elle est sur le point de se relever. Elle est vrillée dans une spirale tendue entre deux pôles opposés. La Tumbling Woman semble lutter contre le vide, contre la gravité dans un étonnant et improbable équilibre. Pour moi, Tumbling Woman est comme une amazone, une figure emblématique et archétypale, par cette tension tonique, avec ce geste spécial des bras et son sein droit réduit. La façon dont Eric Fischl a modelé le visage est extraordinaire. En partie effacé. Déformé? Une perte d'identité? Une marque sur le moule ressemble à une cicatrice. Cela renforce la sensation d'être devant un écorché, un sacrifié. À cause de cette "cicatrice", le visage de la Tumbling Woman est comme un masque. Ce n'est pas le portrait spécifique de quelqu'un, ça peut être tout le monde. C'est comme si ce visage incarnait toutes les victimes qui se sont jetées des tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001, une tragédie qu'Eric Fischl avait en mémoire lorsqu'il a créé la Tumbling Woman. La forte présence vivante de cette sculpture est un hymne. Elle incarne l'absence après la disparition totale de ces victimes." |
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Isabelle Bonzom a terminé Délicieuse Gravité en citant un extrait d'un message qu'Eric Fischl lui a adressé:
"Comme toi, je parlerais de ma créativité en utilisant l'image de la spirale. Je me demande s'il y a un terme en physique ou une situation où une énergie peut à la fois se contracter et s'élargir, mais c'est ce que je pense de ma spirale. Les révolutions se resserrent et se focalisent tandis que ma conscience et ma compréhension se développent. Ton titre Délicieuse Gravité est profondément ironique, ce qui m'évoque le délice pervers de la tragédie. Je ne veux pas dire pervers en terme moralisateur. C'est la seule position que l'on peut avoir : le plaisir dans ce que l'on ne peut prévoir, ni éviter."
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* Durant cette conférence, Isabelle Bonzom a évoqué Henri Bergson et Joseph Delteil. Lire, écouter et voir plus sur : Isabelle
Bonzom a rendu hommage à Claude
Baudez, iconologue au CNRS et mayaniste,
spécialiste de l'auto-sacrifice, qui publiera prochainement aux Éditions Riveneuve "La douleur rédemptrice. L'autosacrifice précolombien". |
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