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La peinture d'Howard Hodgkin
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Article publié pour la première fois, en 2010, sur le site Culture&Cie: En Hollande, à Tilburg, tout près de la frontière belge, le Musée De Pont a présenté en 2010 une exposition exceptionnelle de l’artiste anglais Howard Hodgkin, « Time and place », une des rares occasions de voir sur le continent européen l’oeuvre du peintre alors âgé de 78 ans. L’exposition itinérante a débuté à Oxford, puis a eu lieu aux États-Unis, à San Diego, au printemps 2011. |
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Au bord des limites
Hodgkin fut proche du mouvement Pop anglais. Ami de Kitaj, il exposa avec Hockney et Blake, tout en étant considéré par la critique, et par lui-même, comme un « outsider ». Déjà en marge, mais rapidement remarquée, son œuvre est restée foncièrement singulière. Hodgkin trace en profondeur son chemin avec détermination. Dés la fin des années cinquante et durant la décennie suivante, il élabore un vocabulaire, qu’il continue d’explorer encore aujourd’hui, constitué de motifs (points, rayures), de juxtapositions et superpositions de pans colorés. À l’époque, il traite de la figure, par l’intermédiaire du portrait, mais le corps, étriqué, semble coincé et happé par la prédominance des motifs décoratifs et des couleurs. Dès 1969, Hodgkin prend en compte le cadre qui fera désormais partie intégrante de ses peintures. Progressivement, il se met aussi à peindre sur bois. Il récupère planches à pain, tables et portes, ainsi que des encadrements qu’il combine entre eux et sur lesquels il peint. Le tableau est-il une fenêtre ou une table ? Les deux, répond Hodgkin. C’est un tableau, un objet et non une illusion. Le peintre en souligne la matérialité : il laisse à nu la texture du bois, déborde sur l’épaisseur du cadre. Car c’est le bord qui l’intéresse, les limites du cadre et de l’image. Il marque, couvre ou efface les frontières entre extérieur et intérieur du cadre et de l’image. Espaces intérieurs et paysages. Extérieur et intérieur du corps Une déferlante en une vision fulgurante où l’image semble jaillir de son support. À partir de cinquante ans, Hodgkin voit son œuvre et sa carrière pendre un essor considérable. Il représente l’Angleterre à la Biennale de Venise de 1984 et il reçoit le prestigieux Turner Price l’année suivante. La scène américaine était déjà favorable à l’artiste anglais, mais en 1995, le Metropolitan museum accueille une rétrospective et, depuis 1998, une des plus importantes galeries américaines, la galerie Gagosian, représente Hodgkin. Sa peinture s’épanouit et devient plus gestuelle. D’année en année, l’artiste va vers plus de souplesse. Les motifs décoratifs s’entrechoquent, les corps sont plus flexibles et suggérés. Hodgkin pratique les grands écarts et cultive les paradoxes. Il excelle dans des changements d’échelle vertigineux : du tout petit format au tableau monumental. La palette ne cesse de s’intensifier, au point de créer des rapports de couleurs inattendus, stridents ou précieux. La couleur peut être sauvage, sale et luxuriante. À tout moment, Hodgkin risque le mauvais goût, mais atteint souvent le sublime. Son art percutant est à la fois subtil, flamboyant et brut.
Mémoire cellulaire Rien n’est narratif dans cette peinture extrêmement présente et pourtant, le sujet de ces tableaux est déclenché par des émotions, fruits de réactions sensorielles lors de rencontres en divers lieux : jardins, restaurants, musées, chambres. La relation d’Hodgkin à l’autre et à son environnement, incorporée dans sa mémoire, est comme projetée à travers l’écran-pellicule du tableau qu’il étoffe avec le temps. Ce sont des visions intérieures, des expériences vécues qui émergent à la surface du tableau et la fait vibrer. Hodgkin exprime un univers de mutations et de possibles, cellulaire et organique. Sa peinture, faite de concentration et d’expansion, semble fraîche comme si Hodgkin la mettait à nu. Hodgkin propose un monde lié à la physique même de la peinture, charnelle et gustative. Les murs badigeonnés de blanc, en quelque sorte aseptisés, du musée De Pont accueillent actuellement des tableaux sensuels de Howard Hodgkin. C’est un choix d’œuvres réalisées ces dix dernières années venant, la plupart d’entre elles, de collections privées et publiques. Ce sont de véritables concentrés d’énergies colorées, des secousses sismiques d’où le spectateur ne ressort pas indemne. Isabelle Bonzom, 2010 |
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